QVT et digital peuvent-ils faire bon ménage ?

La crise sanitaire a remis le sujet de la QVT (Qualité de Vie au Travail) au premier plan. Pour certains, la virtualisation progressive des échanges et la digitalisation des outils de travail sont responsables de la dégradation du bien-être des salariés. Faut-il voir dans le digital un obstacle pour améliorer la Qualité de Vie au Travail ? C’est une question à laquelle les acteurs des ressources humaines dont je fais partie doivent répondre. Aussi naturelle qu’elle soit, cette interrogation qui paraît à première vue simpliste, amène une autre réflexion qui me semble bien plus pertinente : les outils digitaux peuvent-ils contribuer à la QVT ? Et si oui, de quelle manière ?

 

1. Des technologies pour améliorer la QVT

Oui, la Qualité de Vie au Travail est tout à fait compatible avec le digital. De nombreux outils numériques contribuent à l’amélioration de la QVT. Ils ont été conçus dans ce but.

Des applications mobiles proposent des techniques de relaxation adaptées au contexte du bureau. D’autres contribuent à la gestion d’un projet en équipe. Les fonctionnalités développées permettent une meilleure organisation, des points d’étape, et surtout un partage de l’information et une facilité des échanges. De quoi éviter la rétention d’information, motiver les collaborateurs et renforcer la cohésion d’équipe.

Les nouvelles technologies deviennent précieuses pour un DRH qui veut automatiser certaines tâches très chronophages. Prenons l’exemple d’un questionnaire sur la QVT à adresser aux salariés d’une grande entreprise. La digitalisation du process fera gagner beaucoup de temps pour récolter l’information. Ce temps gagné sera mis à profit par le DRH et ses équipes pour mettre en route des plans d’action en lien avec les collaborateurs et les partenaires sociaux. Le digital libère du temps pour les ressources humaines qui peuvent se concentrer sur leur métier, l’humain.

2. L’utilité d’abord la technologie ensuite

Oui, la QVT est compatible avec les nouvelles technologies, à condition de procéder dans l’ordre. Ce n’est pas la technologie qui va améliorer la QVT. C’est d’abord à l’humain d’identifier en amont les problèmes de QVT et de voir comment y apporter des solutions concrètes. Alors, seulement à ce stade, il sera temps de se demander si le digital est un outil pertinent pour orchestrer les solutions envisagées.

C’est pourquoi, à mon sens, pour mettre au service de la Qualité de Vie au Travail (QVT) les nouveaux outils digitaux, les DRH doivent d’abord s’interroger sur leur utilité et finalité. Le but n’est pas d’utiliser de nouveaux gadgets pour se faire plaisir, mais bien d’implémenter des outils qui répondent à l’amélioration de la QVT au travail.

Car la crise montre une grande attente des salariés vis-à-vis de leur employeur pour améliorer leurs conditions de travail. Un constat illustré par un sondage réalisé en mai 2020 par Monster.fr et Yougov (« le marché de l’emploi face à la crise du Covid-19 »), dans lequel 55% des Français annoncent avoir réfléchi au sens et à l’utilité de leur travail depuis le début de la pandémie. Preuve que les salariés sont en quête de sens dans leur travail, et attachent, plus que jamais, de l’importance au bien-être psychologique dans l’entreprise…

3. Les enjeux imposés par la digitalisation

Je suis convaincue que les nouvelles technologies, à condition que leur utilisation soit réfléchie et réponde à de véritables enjeux, sont une opportunité pour améliorer la QVT. Mais ce constat amène 2 nouvelles interrogations. 1) Comment anticiper et comprendre l’impact de la digitalisation sur les métiers ? 2) Comment accompagner intelligemment la transformation digitale de la fonction RH ?

Les DRH ne sont plus des exécutants administratifs depuis longtemps ! Nous contribuons pleinement à optimiser les compétences des collaborateurs. C’est pourquoi il est indispensable que nous comprenions l’impact de la digitalisation déjà à l’œuvre sur les métiers d’aujourd’hui et de demain. Pour comprendre comment les métiers évoluent, nous devons examiner la manière dont de nouveaux outils changent l’exécution d’une tâche. C’est seulement en redescendant à ce niveau d’analyse que nous serons capables d’anticiper et comprendre l’impact de la digitalisation sur l’organisation de l’entreprise.

Comme d’autres fonctions support de l’entreprise, la gestion des ressources humaines évolue avec la transformation digitale. Nous aurons à disposition des outils de plus en plus performants pour analyser des data en grande quantité. Pour autant, ne nous laissons pas envahir par la statistique pure. Au-delà des chiffres, prenons du recul et conservons notre esprit critique pour interpréter les données multiples qui nous seront proposées. La machine ne fait pas tout !

La crise actuelle remet au centre des préoccupations la QVT. L’attente des salariés à ce sujet est forte, ne la décevons pas ! À ceux qui pensent que la digitalisation progressive des outils et des process nous éloigne du bien-être au travail, je réponds que tout dépend de la manière dont nous articulons la QVT avec les nouvelles technologies. Ne faisons pas du digital un outil miracle qui remplacerait le travail des managers ou des DRH. Utilisons-le avec discernement, et seulement lorsqu’il répond à des besoins réellement identifiés.